Hémorroïdes : comment les soigner efficacement

Une douleur sourde après être allé aux toilettes, du sang sur le papier, une sensation de brûlure qui s’installe — les hémorroïdes touchent environ 1 Français sur 2 à un moment de sa vie. Pourtant, on en parle peu, souvent par gêne, ce qui retarde le soulagement. Bonne nouvelle : dans la grande majorité des cas, ça se règle à la maison, sans chirurgie.

Encore faut-il choisir les bons traitements et adopter les bons réflexes. Car appliquer une crème en continu sans changer ses habitudes ne fait que repousser la prochaine crise. Voici comment soigner les hémorroïdes, des solutions immédiates aux stratégies de fond.

Comprendre les hémorroïdes avant de les traiter

Ce que sont vraiment les hémorroïdes

Les hémorroïdes sont des coussinets vasculaires naturellement présents dans le canal anal. Tout le monde en a. Le problème survient quand ces vaisseaux se dilatent, s’enflamment ou prolapsent. On distingue deux types :

  • Hémorroïdes internes : situées à l’intérieur du rectum, souvent indolores mais responsables de saignements.
  • Hémorroïdes externes : sous la peau du pourtour anal, elles sont très douloureuses, surtout en cas de thrombose (formation d’un caillot).

La crise dure en général 3 à 7 jours. Sans traitement adapté, elle récidive.

Les causes qui aggravent la situation

Avant de traiter, identifier ce qui a déclenché la crise est utile. Les facteurs les plus fréquents :

  • Constipation chronique et efforts de poussée
  • Station assise prolongée (travail de bureau, longs trajets)
  • Grossesse et accouchement
  • Alimentation pauvre en fibres
  • Sédentarité
  • Surpoids

Agir sur ces facteurs, c’est réduire la fréquence des crises autant que les traiter.

Les traitements médicamenteux disponibles

Les crèmes et suppositoires en pharmacie

C’est le premier réflexe, et il est justifié. Les traitements locaux contiennent généralement une combinaison d’actifs :

  • Corticoïdes (hydrocortisone) : réduisent l’inflammation rapidement.
  • Anesthésiants locaux (lidocaïne, cinchocaïne) : atténuent la douleur et les démangeaisons.
  • Vasoconstricteurs : diminuent le gonflement des vaisseaux.

Des spécialités comme Rectoquotane, Titanoreine ou Sédorrhoïde sont disponibles sans ordonnance. Elles agissent en quelques heures sur la douleur, mais ne règlent pas la cause. À utiliser maximum 7 à 10 jours d’affilée pour les formules aux corticoïdes.

Les veinotoniques par voie orale

Des médicaments comme Daflon (diosmine + hespéridine) ou Cyclo 3 Fort renforcent le tonus des parois veineuses et améliorent la circulation. Daflon, notamment, fait l’objet d’études cliniques sérieuses montrant une réduction significative des saignements en 4 jours à la dose de 3 g/jour lors d’une crise aiguë. Ces traitements ne sont pas remboursés, mais leur efficacité à court terme est reconnue.

Quand le médecin prescrit autre chose

En cas de thrombose hémorroïdaire externe (une boule dure, bleue, très douloureuse apparue brutalement), le médecin peut pratiquer une excision en cabinet sous anesthésie locale. Le soulagement est immédiat. Procrastiner sur ce type de complication ne fait qu’aggraver les choses — la douleur peut devenir insupportable en 48 heures.

Les remèdes naturels qui fonctionnent vraiment

Les bains de siège : simple et efficace

Tremper la zone anale dans de l’eau tiède (37-38°C) pendant 10 à 15 minutes, deux à trois fois par jour : c’est probablement le geste le plus sous-estimé. L’eau chaude détend le sphincter, réduit le gonflement et soulage la douleur sans aucun effet secondaire. On peut y ajouter quelques gouttes d’huile essentielle de lavande ou du bicarbonate de soude pour amplifier l’effet apaisant.

L’aloe vera en gel, appliqué localement, est un autre classique bien documenté : il hydrate, apaise les démangeaisons et réduit l’inflammation. Utilise du gel pur (100 % aloe vera), pas une lotion cosmétique bourrée d’alcool.

Les plantes à connaître

Plusieurs plantes ont démontré une action réelle sur les symptômes hémorroïdaires :

  • Hamamélis : astringent puissant, réduit le saignement et le gonflement. Disponible en crème ou en compresse.
  • Marron d’Inde : améliore le tonus veineux, souvent présent dans les veinotoniques naturels.
  • Cyprès : vasoconstricteur naturel, utile en huile essentielle diluée ou en extrait.

Pour aller plus loin sur les options naturelles, l’article Hémorroïdes : quels remèdes naturels pour apaiser la crise ? détaille les protocoles concrets pour chaque plante.

L’alimentation, levier souvent négligé

Impossible de parler de soigner les hémorroïdes sans aborder ce qu’on mange. Un transit paresseux ou trop sec génère des efforts à la selle — le principal mécanisme d’aggravation. Les ajustements prioritaires :

  • Augmenter les fibres progressivement : légumineuses, légumes cuits, fruits avec peau, céréales complètes.
  • Boire au moins 1,5 litre d’eau par jour (les fibres sans eau, c’est contre-productif).
  • Réduire alcool, épices fortes, café en excès — tous irritants pour la muqueuse anale.

La rubrique Nutrition propose des ressources utiles pour adapter son alimentation sur le long terme et limiter les récidives.

Gestes quotidiens pour éviter les rechutes

À la selle : changer ses habitudes

Certains comportements courants aggravent les hémorroïdes sans qu’on s’en rende compte. Les erreurs typiques :

  • Rester trop longtemps aux toilettes (lire, scroller son téléphone).
  • Pousser fort au lieu d’attendre que le réflexe s’impose naturellement.
  • S’essuyer trop vigoureusement avec du papier sec.

Adopter un marchepied (type Squatty Potty) pour redresser la position anoderme-rectale, passer aux lingettes humides sans alcool pour le nettoyage — ces petits changements font une vraie différence sur la durée.

Bouger et ne pas rester assis

30 minutes de marche par jour suffisent à améliorer significativement le transit et la circulation veineuse. Côté travail sédentaire : se lever toutes les 45-60 minutes, un coussin anti-hémorroïdes (type cale-coccyx) pour les journées longues. Ce n’est pas glamour, mais ça marche.

Quand consulter un médecin sans attendre

Les signaux qui ne trompent pas

Quelques situations justifient une consultation rapide, sans essayer de gérer seul :

  • Saignements abondants ou persistants au-delà de 10 jours (à toujours faire vérifier pour écarter un polype ou un cancer colorectal).
  • Douleur intense et soudaine avec une masse dure externe — signe de thrombose.
  • Prolapsus irréductible (hémorroïde interne qui ressort et ne rentre plus).
  • Absence d’amélioration après 2 semaines de traitement local bien conduit.

Les traitements en ambulatoire

Si les traitements médicaux classiques ne suffisent plus, plusieurs techniques mini-invasives existent en consultation spécialisée. La ligature élastique est la plus répandue : un anneau en caoutchouc bloque la vascularisation de l’hémorroïde interne, qui tombe en une dizaine de jours. Efficace dans 80 % des cas, remboursée par l’Assurance maladie. La photocoagulation infrarouge et la sclérothérapie sont d’autres options pour les hémorroïdes internes de grade 1 ou 2. La chirurgie (hémorroïdectomie) reste réservée aux cas sévères et récidivants.

Questions fréquentes

Combien de temps dure une crise hémorroïdaire ?

Une crise dure en moyenne 3 à 7 jours avec un traitement adapté (crème locale, veinotonique, bains de siège). Sans traitement, elle peut s’étendre à 2-3 semaines. Une thrombose externe non traitée reste douloureuse pendant 10 à 15 jours avant de se résorber spontanément, mais le soulagement chirurgical en cabinet est quasi immédiat.

Les hémorroïdes peuvent-elles disparaître seules sans traitement ?

Oui, une crise légère peut se résorber en quelques jours sans intervention, surtout si on modifie son alimentation et qu’on évite les efforts à la selle. Mais sans correction des facteurs déclenchants (constipation, sédentarité, manque de fibres), les rechutes sont quasi certaines. Le traitement symptomatique accélère la guérison et limite l’inconfort.

Quelle différence entre hémorroïdes internes et externes pour le traitement ?

Les hémorroïdes internes sont souvent indolores et se manifestent par des saignements rouges vifs. Elles répondent bien aux suppositoires, aux veinotoniques et aux techniques comme la ligature élastique. Les hémorroïdes externes, situées sous la peau, sont beaucoup plus douloureuses et nécessitent plutôt des crèmes anesthésiantes et des bains de siège. En cas de thrombose externe, une excision en cabinet est souvent la solution la plus rapide.

Le Daflon est-il efficace contre les hémorroïdes ?

Daflon (diosmine 900 mg + hespéridine 100 mg) est l’un des veinotoniques les mieux étudiés pour les hémorroïdes. À la dose de 3 g/jour pendant 4 jours puis 2 g/jour pendant 3 jours lors d’une crise aiguë, il réduit significativement les saignements et les symptômes. Son efficacité sur la douleur seule est plus modeste — il se combine bien avec un traitement local.

L’aloe vera soulage-t-il vraiment les hémorroïdes ?

Le gel d’aloe vera pur possède des propriétés anti-inflammatoires et apaisantes reconnues. Appliqué localement 2 à 3 fois par jour sur les hémorroïdes externes, il réduit les démangeaisons et l’irritation. Son effet reste symptomatique et ne remplace pas un traitement veinotonique en cas de crise intense, mais il est sûr, bien toléré et peut être utilisé en complément sans risque.