Vaccin coqueluche pendant la grossesse : ce que recommande la HAS

La coqueluche tue encore des nourrissons en France — en 2023, plusieurs décès de bébés de moins de 3 mois ont été recensés, et presque tous n’étaient pas encore vaccinés. Le problème est structurel : le calendrier vaccinal ne protège les bébés qu’à partir de 2 mois, ce qui laisse une fenêtre de vulnérabilité totale à la naissance. La solution la plus efficace à ce jour ? Vacciner la mère pendant la grossesse, pour que ses anticorps traversent le placenta et blindent le nouveau-né dès ses premiers jours de vie.

La Haute Autorité de Santé (HAS) a actualisé ses recommandations en 2022 : le vaccin coqueluche est désormais conseillé à chaque grossesse, entre la 20e et la 36e semaine d’aménorrhée. Plus question de se dire « j’étais vaccinée il y a cinq ans, ça ira ». Chaque grossesse repart à zéro sur ce point précis.

Pourquoi vacciner pendant la grossesse plutôt qu’après ?

La fenêtre de risque des premiers mois de vie

Un bébé ne reçoit sa première injection contre la coqueluche qu’à 2 mois. Avant ça, il est totalement démuni si personne ne lui a transmis d’anticorps protecteurs. Or, la coqueluche chez un nourrisson de moins de 6 mois peut être brutale : quintes de toux violentes, apnées, hospitalisations en réanimation. Le taux de mortalité chez les moins de 3 mois non vaccinés reste l’un des plus élevés parmi les maladies infectieuses évitables.

Vacciner la mère en fin de grossesse permet le transfert passif d’immunoglobulines G (IgG) au fœtus via le placenta. Ce transfert est maximal entre la 28e et la 36e SA — d’où la fenêtre ciblée par la HAS. Des études publiées dans The Lancet montrent une efficacité vaccinale maternelle de 91 % pour prévenir la coqueluche chez les nourrissons de moins de 2 mois.

91 %

d’efficacité du vaccin maternel pour protéger les nourrissons de moins de 2 mois (The Lancet)

La stratégie du cocooning, toujours valable mais insuffisante

Avant 2022, la recommandation principale reposait sur le cocooning : vacciner les proches du bébé (père, grands-parents, fratrie) pour créer un bouclier autour de lui. Cette stratégie garde son intérêt, surtout pour les personnes qui n’ont pas été vaccinées depuis plus de 10 ans. Mais elle présente des limites évidentes.

  • Elle suppose que tous les membres du foyer consultent effectivement un médecin avant la naissance.
  • Le père ou les grands-parents peuvent ignorer leur statut vaccinal.
  • Elle ne couvre pas les contacts extérieurs (crèche, visites, transport en commun).
  • Le délai de protection après vaccination est de 2 semaines minimum — si quelqu’un se vaccine trop tard, la protection n’est pas au rendez-vous à la naissance.

Vacciner la mère pendant la grossesse contourne tous ces obstacles : la protection est directement intégrée au bébé avant même qu’il naisse.

✅ À retenir

Le vaccin maternel et le cocooning ne s’excluent pas : ils sont complémentaires. Vacciner la mère protège le bébé dès la naissance ; vacciner les proches réduit le risque d’exposition dans les semaines suivantes.

Quel vaccin, quand et comment ?

Le vaccin dTcaP : diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite

Il n’existe pas de vaccin coqueluche seul disponible en France. On utilise un vaccin combiné, le dTcaP (ou dTca selon les formulations), qui couvre aussi la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. Les deux références commerciales utilisées sont Boostrix et Repevax.

Ces vaccins contiennent des anatoxines et des antigènes acellulaires — pas de germes vivants. Ils sont compatibles avec la grossesse. Les données de pharmacovigilance accumulées depuis plus de 15 ans en Grande-Bretagne (programme en place depuis 2012) et aux États-Unis ne montrent aucun signal de risque pour le fœtus ou la mère.

Caractéristique Boostrix Repevax
Fabricant GSK Sanofi
Composants dTca + polio dTca + polio
Compatibilité grossesse Oui Oui
Remboursement SS 65 % 65 %

Le bon moment : entre 20 et 36 SA

La HAS recommande la vaccination entre la 20e et la 36e semaine d’aménorrhée, idéalement autour de la 28e SA. Pourquoi ce timing ?

  • Avant 20 SA, le transfert placentaire d’anticorps est trop faible pour être utile au bébé.
  • Après 36 SA, le délai est trop court pour que la mère produise suffisamment d’anticorps avant l’accouchement.
  • Entre 28 et 32 SA, le transfert est optimal : la mère a le temps de fabriquer des IgG en quantité, et le bébé a le temps de les recevoir.

Cette vaccination s’applique à chaque grossesse, y compris si la mère a déjà été vaccinée lors d’une grossesse précédente ou dans le cadre du cocooning. L’immunité conférée par le vaccin décline avec le temps — une nouvelle dose garantit un taux d’anticorps suffisant pour le bébé à naître.

💡 Notre conseil

Notez la vaccination dans votre carnet de santé et signalez-la à la maternité. Si vous avez un doute sur votre dernier rappel, votre médecin ou sage-femme peut vérifier votre statut immunitaire lors d’une consultation prénatale classique — pas besoin d’une consultation dédiée.

Qui peut prescrire et administrer le vaccin ?

Depuis la loi de financement de la Sécurité sociale 2023, les sages-femmes sont autorisées à prescrire et administrer ce vaccin directement, sans ordonnance médicale préalable. Médecins généralistes, gynécologues-obstétriciens et pharmaciens (sur prescription) peuvent aussi le faire. La vaccination peut avoir lieu lors d’une consultation prénatale ordinaire — c’est pratique, rapide, et ça évite un déplacement supplémentaire.

Questions pratiques et contexte plus large

Effets secondaires et tolérance chez la femme enceinte

Les effets indésirables sont les mêmes que pour toute vaccination : douleur et rougeur au point d’injection, légère fatigue, parfois une fébricule dans les 48 heures. Rien de spécifique à la grossesse. Les données britanniques portant sur plus de 4 millions de doses administrées à des femmes enceintes depuis 2012 ne montrent aucune augmentation du risque de naissance prématurée, de mortinatalité ou de malformation.

Une chose rassurante à savoir : ce vaccin ne contient pas de germe vivant. Il ne peut pas provoquer la coqueluche. Ce que certaines femmes ressentent comme un « début de coqueluche » après l’injection est en réalité une réaction immunitaire normale — et signe que le vaccin travaille.

⚠️ À garder en tête

Si vous avez eu une réaction allergique sévère (anaphylaxie) à une injection précédente de ce vaccin, signalez-le impérativement à votre médecin ou sage-femme avant toute nouvelle dose. C’est la seule contre-indication formelle.

Coqueluche et VRS : deux vaccinations désormais recommandées pendant la grossesse

Depuis 2024, un autre vaccin fait son entrée dans le calendrier prénatal : le vaccin contre le VRS (virus respiratoire syncytial), autre cause majeure d’hospitalisations chez les nourrissons. La HAS recommande ce vaccin entre 32 et 36 SA pour les femmes enceintes, en injection unique.

Les deux vaccinations — coqueluche et VRS — peuvent se faire lors de consultations séparées ou rapprochées selon l’organisation de la maternité. Ce n’est pas une raison de repousser l’une au profit de l’autre : priorisez la coqueluche si vous êtes encore tôt dans la grossesse, puis ajoutez le VRS plus tard si vous êtes éligible.

La grossesse est une période où la santé de la mère conditionne directement celle du bébé. C’est aussi le bon moment pour faire un bilan général : alimentation, compléments utiles, vaccinations. Sur ce dernier point, vous pouvez consulter des ressources fiables comme Compléments alimentaires pour grossesse : lesquels prendre vraiment ? ou explorer la rubrique Nutrition pour accompagner cette période sereinement.

Et si la vaccination n’a pas eu lieu pendant la grossesse ?

Ça arrive. Rendez-vous manqué, information incomplète, refus dans un premier temps… Si la mère n’a pas été vaccinée avant l’accouchement, la vaccination reste possible en post-partum immédiat (dans les 24 à 48 heures après la naissance), mais elle ne protège plus le bébé à la naissance — elle protège la mère et réduit le risque qu’elle transmette la coqueluche à son enfant dans les semaines suivantes. C’est toujours mieux que rien.

Le cocooning doit alors être activé en parallèle : le père, les grands-parents et toute personne amenée à s’occuper du bébé dans ses premières semaines devraient vérifier leur statut vaccinal et recevoir un rappel si nécessaire. Une simple conversation chez le médecin de famille suffit pour faire le point.